BOUTIQUE

EDITIONS DE SOLESMES

Chant gregorien

« Celui qui aime chante », disait saint Augustin dans l’un de ses sermons. La louange de Dieu emprunte naturellement le chemin du chant. Elle s’exprime ainsi à travers tout ce que nous sommes, le corps autant que l’âme. Depuis plus de mille ans, l’Église romaine a donné à sa louange la forme du chant grégorien, au point qu’il en est devenu le chant propre. Composé principalement à partir de versets de la Bible dans sa version latine, il en est comme le commentaire artistique et musical. Loin d’être un vestige du passé, le chant grégorien est l’expression toujours vivante de notre prière.

Antiphonaire de Grégoire de Hartker de Saint-Gall
Abbaye-Solesmes-Paleographie-F-Petry
Antiphonarius_Ceno_1529_Abbaye-Solesmes

Breve histoire du chant gregorien

Le chant grégorien est le chant propre de la liturgie de l’Église catholique romaine. Issu d’une longue tradition, ce répertoire musical, que le concile Vatican II qualifie de « trésor d’une inestimable valeur », est composé principalement sur des versets de la Bible dans sa version latine, la Vulgate.

L’histoire du chant grégorien est complexe : son origine et ses premiers développements restent pour une large part dans l’obscurité. Toutefois, si son élaboration a bénéficié de la forte influence des cultures musicales juive et grecque, spécialement en ce qui concerne la modalité, le grégorien est avant tout et essentiellement un produit de la culture latine de l’Antiquité et du haut Moyen Âge.

Les origines

En Occident, autour des IIIe et IVe siècles, sur la base des récitatifs des liturgies des premières générations chrétiennes, se constitue un « vieux fonds » de chants ecclésiastiques aux mélodies encore simples. Plusieurs régions développent un répertoire local : les chants romain (à Rome), bénéventin (sud de l’Italie), milanais ou ambrosien (nord de l’Italie), hispanique (en Espagne) et gallican (en Gaule). Du Ve jusqu’au VIIe siècle, les papes, notamment Léon le Grand, Gélase et Grégoire le Grand (à qui le chant grégorien doit son nom), contribuent à l’organisation du répertoire au long de l’année liturgique.

Au milieu du VIIIe siècle, le royaume franc de Pépin le Bref adopte la liturgie romaine. Les chantres romains passent les Alpes et la transmission se fait par oral, car les manuscrits liturgiques qu’ils apportent avec contiennent les textes des chants, mais non leurs mélodies. Dans le nord de la Gaule, un nouveau répertoire apparaît, heureuse fusion des chants romain et gallican. Avec Charlemagne et grâce au rôle décisif des monastères qui le diffusent dans toute la Chrétienté d’Occident, le chant désormais appelé « grégorien » connaît un formidable essor. Au cours du Xe siècle, le répertoire toujours augmenté est copié sur des manuscrits selon différentes notations musicales. La lente introduction, au XIe siècle, de la portée avec des lignes permet une plus grande précision dans la transmission des mélodies.

Déclin

À la fin de l’époque médiévale, avec l’apparition de la polyphonie qui déforme la phrase, sa mélodie et surtout son rythme, s’ouvre pour le chant grégorien une période de déclin progressif. Écarté par la Renaissance et le Réforme, il subit de multiples essais de restitution à partir du début du XVIIe siècle selon les lois de la musique moderne. Défiguré et dénaturé, il perd sa pureté et sa puissance d’expression au service de la prière de l’Église.

Restauration

C’est au restaurateur de notre monastère, Dom Prosper Guéranger (1805-1875) que l’on doit l’initiative du mouvement de restauration du chant grégorien d’après les manuscrits ; les recherches et les restitutions ayant pour but l’édition de livres liturgiques destinés au chant des moines, et plus largement de toute l’Église. Ce travail considérable, par la suite officiellement demandé par l’Église depuis le pape Léon XIII, est réalisé peu à peu par l’atelier de la Paléographie musicale de Solesmes qui poursuit son œuvre encore aujourd’hui afin que, selon le souhait du saint pape Pie X (1903-1914), chacun puisse « prier sur de la beauté ».

Formes musicales

Le chant grégorien n’est pas d’abord un objet d’études scientifique et historique. Si importantes et nécessaires qu’elles soient par ailleurs, ces recherches ne sauraient en faire un monument du passé, en faisant fi de la tradition vivante de l’Église. En effet, la nature même du chant grégorien le place au cœur même de la liturgie, la prière publique de l’ensemble du Peuple de Dieu. Le répertoire grégorien se trouve donc dans les livres liturgiques que l’Église nous donne aujourd’hui. Ces livres sont le graduel pour les pièces de la Messe, et l’antiphonaire pour l’ensemble de l’Office divin.

Les chants de la messe

Le graduel, livre des pièces grégoriennes chantées au cours de la Messe, est composé de trois grandes parties : le propre du temps et des saints, le commun des saints et l’ordinaire.

Dans le propre, se trouvent les pièces de chaque dimanche de l’année liturgique (avent, carême, temps pascal, temps ordinaire…), des fêtes du Seigneur et celles des saints. Ces pièces ornées et développées sont chantées à différents moments lors de la célébration de la messe. L’introït [v. ci-dessous, l’exemple 1] sert de chant d’entrée de la célébration. Le psaume graduel [2] et l’alléluia [3] s’intercalent entre les lectures bibliques proclamées dans l’église. Le chant d’offertoire [4] accompagne la préparation des dons, le pain et le vin qui seront consacré au cours de la prière eucharistique (canon), et le chant de communion [5], comme son nom l’indique, la distribution de la communion aux fidèles rassemblés dans l’église. À certaines occasions particulières, d’autres formes peuvent s’y adjoindre comme le trait [6] en carême ou les célèbres séquences qui donnent tout leur éclat à certaines fêtes de l’année liturgique (Victimæ paschali laudes [7], Veni Sancte Spiritus, Lauda Sion, Stabat Mater).

Le commun des saints rassemble des pièces que l’on chante aux fêtes des saints qui n’ont pas de pièces propres.

À côté des chants du propre et du commun, la célébration de la messe comprend des chants qui en marquent les différents moments et dont le texte est fixe. Ils sont chantés indépendant du jour ou de la fête. C’est donc ce qu’on appelle l’ordinaire de la messe. Ces chants sont le Kyrie [8], le Gloria [9], le Credo [10], le Sanctus [11] et l’Agnus Dei [12].

Voici quelques exemples qui donnent à entendre les différentes formes musicales dont il vient d’être question :

album-art
00:00