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  • moine de Solesmes

Méditation

Juillet 2016 - La prière

Mère Cécile Bruyère, La vie spirituelle et l'oraison

Notre-Seigneur, venant en ce monde pour nous enseigner toute vérité, devait nous apporter des lumières nouvelles sur la prière, moyen puissant de l’union à Dieu. Il nous en a donné l’exemple dans sa très sainte vie. Mais, non content d’avoir fourni le modèle, il a de plus confié à ses disciples un enseignement précis et leur a laissé la méthode divine de la prière. Un jour que notre divin Sauveur sortait de l’oraison, ainsi que le rapporte saint Luc, l’un de ses disciples s’approcha et lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. Il leur dit : Lorsque vous priez, dites : Père que ton Nom soit sanctifié ; que ton règne vienne ; donne-nous chaque jour notre pain quotidien ; et remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit ; et ne nous soumets pas à la tentation ». Saint Matthieu, qui ne parle pas de la demande des Apôtres, nous donne cependant l’oraison dominicale ; et son texte plus complet a été choisi par l’Église comme formule de la prière.

Le premier danger signalé par le Maître, c’est l’ostentation ou la vanité, vices trop communs d’une prière tout humaine : « Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment, pour faire leurs prières, à se camper dans les synagogues et les carrefours, afin qu’on les voie. En vérité je vous le dis, ils tiennent déjà leur récompense ». La prière est de soi méritoire, mais l’homme n’en assure pourtant l’efficacité que selon la pureté d’intention qui l’anime et la vivifie : si la prière est souillée de vues humaines, elle sera nulle ou de peu d’effet. Il est juste que, dans cet entretien intime avec Dieu, l’homme bannisse tout alliage et toute préoccupation étrangère à Dieu.

Aussi le Seigneur insiste-t-il : « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra ». Le secret de notre demeure intime, la porte close, le recueillement de notre âme devant Dieu, la trêve imposée à toute pensée étrangère, telles sont les conditions que réclame premièrement le Sauveur. L’âme peut alors s’adresser humblement à celui qu’elle appelle à bon droit son Père, puisqu’elle a reçu l’Esprit d’adoption, et lui parler « dans le secret » ; et ce secret est assurément autre chose que la solitude matérielle créée autour de nous, « la porte fermée » : il exprime ces mystérieuses ténèbres de la foi où se prononce notre prière, ténèbres qui sont, pour Dieu notre Père, plus lumineuses que le jour. Dans cette prière de pure et simple foi, l’âme reçoit toujours sa récompense et s’élève sûrement vers Dieu.

Prier son Père dans le secret, n’est-ce pas encore chercher Dieu au fond de son âme, dans cette demeure secrète que le saint baptême a créée en nous ? Ce mouvement vers le fond de l’âme est une des premières impressions que nous recevons, lorsque nous commençons à sortir de la vie des sens et à fortifier en nous l’homme intérieur par le Saint-Esprit. Alors, au lieu de chercher Dieu au dehors et dans quelques symboles ou images, l’âme rentre comme au dedans d’elle-même pour l’y trouver. Saint Benoît et tous les anciens inclinaient à réprimer les éclats extérieurs dans la prière.

Apprenons du Seigneur à préserver encore notre prière d’autres excès : « Dans vos prières, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup ils se feront mieux écouter. N’allez pas faire comme eux ; car votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez ». Le chrétien ne saurait ignorer à qui il parle ; il doit éviter dans sa prière ce flot surabondant de paroles qui trahirait en lui l’ignorance de Dieu ; c’est pour conjurer cette erreur que le Maître donne à ses disciples la formule de toutes nos nos oraisons : « Vous donc, priez ainsi : Notre Père… »

Toute prière, toute oraison qui ne se rattache pas à quelqu’une des demandes du « Notre Père » ne peut avoir accès auprès de Dieu. Cette admirable formule, dans sa composition divine, renferme non seulement le secret de toute prière, mais encore celui de notre transformation en Dieu. C’est comme un diapason d’après lequel notre âme doit être accordée pour rendre au Seigneur la gloire qui lui est due ; car ce ne sont pas des mots que notre Sauveur a voulu mettre sur nos lèvres, mais une prière vivante et agissante qu’il a déposée jusque dans les profondeurs de notre âme.